On s’attaque à un sujet qui en fait trembler plus d’un, un sujet qui inquiète, un sujet qui fait peur. A tort ou à raison ? Découvrons-le ensemble dans cet article.

À l’heure où le débat des données personnelles fait rage.

À l’heure où Facebook fait régulièrement face à des polémiques concernant l’utilisation de nos données.

À l’heure où l’Union Européenne a sorti la Réglementation Générale sur la Protection des Données (RGPD).

Analysons ensemble un débat fait rage depuis quelques années.

C’est celui de la reconnaissance faciale.

La reconnaissance faciale sera-t-elle pour nous une menace de la vie privée ? Une gouvernance menée par les algorithmes ? Ou alors serait-ce une disruption qui nous veut du bien, qui améliorera notre vie ?

Je vais vous rassembler ici tous les faits notables concernant cette technologie puis je finirai par vous donner mon avis sur sa possible évolution et tenter de donner une piste de solution.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, voyons ce qu’est la reconnaissance faciale.

Qu’est-ce que la reconnaissance faciale ?

Un système de reconnaissance faciale va reconnaître votre visage parmi celui de millions d’autres personnes grâce à son algorithme.

  • Étape 1 : le système va commencer par détecter votre visage. C’est ce que font déjà tous vos smartphones, ou appareils photo, pour pouvoir régler leur autofocus.
  • Étape 2 : dans cette étape l’algorithme va analyser les différentes caractéristiques de votre visage. Ce seront des caractéristiques telles que la taille du nez, l’écartement des yeux, leur couleur, etc.).
  • Étape 3 : toutes les informations recueillies sont enregistrées dans une base de données.
  • Étape 4 : la base de données sera ensuite consultée par le logiciel de reconnaissance faciale pour pouvoir vous identifier parmi des millions de personnes.

En 2020, la technologie qui a été développée autour de la reconnaissance faciale est très efficace. Nous ne sommes pas dans un film de science-fiction, cette technologie est déjà bien implantée dans notre quotidien.

Et ça on va très vite s’en rendre compte dans cet article.

La croissance de ce marché est exponentielle. Il était de 4,5 milliards de dollars en 2018 et son augmentation est de 10 % chaque année.

Ce chiffre nous montre qu’il y a un réel intérêt pour les entreprises et les Etats à se positionner sur ce marché, mais il est difficile pour nous de savoir ce que ça représente concrètement.

C’est pour cela que l’on va maintenant voir quelle place a cette technologie dans notre quotidien.

La reconnaissance faciale dans votre quotidien

Tous les jours, dans votre vie quotidienne vous êtes soumis à de la reconnaissance faciale à un stade plus ou moins évolué. Que vous le vouliez ou non.

Juste au-dessus, je vous parlais des différentes étapes du fonctionnement de la reconnaissance faciale.

Dans les objets technologiques que vous utilisés tous les jours, certains vont utiliser la reconnaissance faciale.

On peut donc déterminer quelques catégories d’objets se servant de cette technologie.

  • Catégorie 1 : outils capables de détecter un visage

Je l’ai déjà évoqué un peu plus au-dessus lorsque je parle de la détection du visage mais sachez que tous vos appareils photo et vidéo ont cette reconnaissance de visage.

Les petits coins d’un carré qui apparaissent lorsque vous prenez une photo sont une sorte de reconnaissance faciale. Le logiciel arrive à discerner un visage d’un objet, il peut même repérer plusieurs visages à la fois.

Il s’agit là de la forme la plus basique de la reconnaissance faciale.

  • Catégorie 2 : outils capables d’analyser un visage

En montrant d’un cran on arrive à la deuxième étape que j’avais décrite précédemment. Celle de l’analyse de votre visage.

Certaines applications que vous installez sur votre téléphone le font déjà.

Je pense notamment à Snapchat et Instagram. Les filtres que vous utilisez régulièrement se servent de cette technologie. Pour pouvoir ajouter des effets ou des déguisements sur votre visage le logiciel doit détecter l’emplacement de vos yeux, nez, bouche, etc.

Mais les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à utiliser cette forme de la reconnaissance faciale, il y a aussi des entreprises telles que L’Oréal qui s’en servent. Sur son site, la célèbre industrie de cosmétique permet à l’utilisateur de tester une nouvelle couleur de cheveux ou de rouge à lèvre.

Les grands groupes d’opticiens nous permettent aussi d’essayer des paires de lunettes en ligne.

  • Catégorie 3 : outils capables d’identifier une personne

Les acteurs qui sont allés plus loin dans cette technologie sont ceux qui ont atteint les deux dernières étapes : enregistrer des données pour identifier quelqu’un.

On parle de toutes les entreprises qui ont intégré un système de déverrouillage par reconnaissance faciale.

Par exemple, nos PC avec Windows Hello ou nos Iphone avec FaceID sont dotés de ce système. Ainsi, les objets que l’on utilise constamment au quotidien sont capables de nous identifier, ils sont capables de déterminer s’il s’agit bien de nous ou alors d’un inconnu pour pouvoir déverrouiller l’écran.

Il s’agit donc d’une technologie utile, qui peut s’avérer pratique (essayage en ligne), divertissante (filtres photos) et même sécuritaire (déverrouillage du téléphone).

Mais cette technologie comporte certains risques non-négligeables. Pour les identifier nous allons nous tourner vers le pays leader sur ce marché : la Chine.

La Chine et son ordre planifié

Bon.

Je ne vous apprends rien en vous disant que ce qui se passe en Chine, c’est un vrai film de science-fiction.

On se croirait presque dans Minority Report.

Les chinois sont clairement dans une gouvernance basée sur des algorithmes.

On parle de 170 millions de caméras à reconnaissance faciale dans les lieux publics en 2017 et de 600 millions en 2020. En rapportant ce chiffre à la population actuelle en Chine, c’est près de 1 caméra pour 3 personnes.

Quand on sait qu’une seule caméra est capable d’identifier 30 personnes à la seconde, à ce niveau-là, on peut dire que le système de reconnaissance faciale chinois est diablement efficace.

L’objectif de la Chine est simple. Contrôler ses 1,4 milliards d’habitants grâce à ses propres entreprises technologiques.

Mais tout cela a été fait progressivement.

Ce fonctionnement ne s’est pas généralisé dans le pays du jour au lendemain.

Des tests ont été menés pour mesurer l’efficacité de la reconnaissance faciale et son acceptation par le public.

Ils ont donc commencé par l’utiliser pour les contrôles d’identité dans les aéroports.

On a vu également certaines toilettes publiques où il faut passer devant une caméra à reconnaissance faciale pour pouvoir obtenir du papier toilette, et bien sûr une quantité limite de papier est distribuée par personnes. Cela permet d’éviter le gaspillage, mais également de voir comment les citoyens accueillent cette technologie lorsqu’elle arrive dans les lieux publics.

Des lycées ont aussi vu ce type de caméra arriver dans les salles de classes. Celles-ci permettent de voir si des élèves sont inattentifs au cours pour mieux les encadrer. Par ailleurs, cela permet aussi de mieux noter les professeurs. Si trop d’élèves sont inattentifs, c’est que le professeur fait mal son travail.

Le géant de l’internet chinois Alibaba a sorti une technologie qui permet de payer avec son visage lorsque l’on commande à une borne KFC.

On voit aussi des caméras en place sur les passages piétons pour verbaliser ceux qui traversent au feu rouge.

Ce sont donc des premiers tests qui initient la population à cette technologie afin de rendre la transition un peu plus souple.

Mais les étapes suivantes sont bien plus agressives et nous rappellent que nous parlons ici d’un Etat autoritaire.

Il y a déjà quelque temps maintenant, les médias ont beaucoup parlé d’un nouveau système mis en place par le gouvernement chinois.

Je fais référence à la « note sociale ».

Une note qui détermine le bon citoyen et le mauvais citoyen.

Forcément, il faut récompenser le bon citoyen ou plutôt, dans le cas de la Chine, punir le mauvais citoyen.

Cette notation pourrait être rendue un peu plus éthique si le bon citoyen recevait une récompense. Or, ce n’est pas le cas. Le bon citoyen a accès aux mêmes droits qu’auparavant. En revanche, le mauvais citoyen voit ses droits diminuer et peut même apparaître sur une Liste Noire.

Voici une liste non-exhaustive des malus qu’un mauvais citoyen obtient :

  • L’impossibilité de prendre le train ou l’avion
  • L’impossibilité d’ouvrir une ligne téléphonique
  • L’impossibilité d’avoir un prêt bancaire
  • Limitation à l’emploi
  • Limitation de l’accès à Internet
  • Voir son visage affiché sur des écrans géants explicitant que l’on est un « mauvais citoyen »

On voit donc qu’être sur la Liste Noire limite grandement sa liberté.

Par ailleurs, quand je disais juste au-dessus que le bon citoyen n’a pas d’avantages, ce n’était pas complètement vrai.

Ce bon citoyen peut tout de même obtenir des avantages.

Comment ?

En dénonçant les mauvais citoyens.

Sympas non ?

Une application y est dédiée pour dénoncer les mauvaises actions d’une personne. En échange, ce bon citoyen recevra des coupons de réduction, des trajets VTC gratuits, etc.

Ainsi, la Chine aspire à créer une identité web unique à chaque citoyen pour pouvoir mieux contrôler sa population.

Les manifestants de Hong Kong ont fait face à cette menace grâce à leurs parapluies.

Ces parapluies ne sont pas là que pour l’image qu’ils représentent, ils sont là avant tout pour protéger leur identité. Les masques y participaient aussi, mais à présent les caméras sont plus performantes et un masque qui ne couvre que partiellement le visage peut se révéler inutile.

Cacher son visage en manifestation permet de protéger sa note sociale.

Tout participant à une manifestation contre le régime en place peut se voir perdre des points de citoyen et par conséquent perdre des libertés.

Une gouvernance basée sur les algorithmes gèle les velléités de protestations et formate le bon citoyen, créant de ce fait une société hypocrite ou chacun cherche à ressembler à un modèle prédéfini par le gouvernement, laissant place à un ordre planifié plutôt que spontané.

L’exemple de la Chine est l’exemple extrême de ce qui se fait dans la reconnaissance digitale. C’est une représentation de la volonté du gouvernement qui vise à accaparer ce marché.

Mais ce n’est pas le seul pays acteurs de cette technologie, les anglais, les indiens ou encore les américains développent également la leur chacun de leur côté.

La reconnaissance faciale dans le monde

Afin de ne pas être totalement distancé par les chinois, le reste du monde se lance dans la course à la reconnaissance faciale.

Pour démarrer ce tour du monde, on va commencer par aller du côté d’un pays voisin de la Chine : l’Inde.

Inde, sur la voie de la Chine ?

Tout comme la Chine, l’Inde fait face au défi de gérer une très grande population.

C’est ainsi que le gouvernement indien a l’ambition d’intégrer à la sécurité du pays le plus grand système de reconnaissance faciale du monde.

Au début, la reconnaissance faciale a été utilisée pour une cause tout à fait honorable.

10 561 jeunes enfants portés disparus ont pu être retrouvés grâce à un algorithme.

On a ici l’exemple d’une application extrêmement bénéfique de cette technologie.

Mais très vite après avoir mené cette opération, l’Etat a voulu l’élargir.

C’est dans ce contexte qu’un appel d’offre a été lancé par l’Etat pour développer un répertoire de données de surveillance.

Idée très contestée par les citoyens et qui a donc été mis en suspend.

Mais récemment lors des manifestations contre la loi sur la citoyenneté, tous les participants ont dû passer devant un portique de sécurité.

Ce portique qui était présenté comme étant un détecteur de métaux a pris des photos des manifestants et les a enregistrées.

Ces images ont été comparées à deux types de fichiers : la manifestation qui était d’actualité (celle sur la citoyenneté) et les archives des précédentes manifestations.

Cela avait pour objectif de détecter et différencier les « habitués » des « perturbateurs ».

Beaucoup de manifestants ont été scandalisés par cette mesure du gouvernement qui compte bien continuer de développer cette technologie.

Le système de « note sociale » de la Chine a peu de chance de faire son entrée en Inde.

En revanche, on peut aisément supposer que le pays aura un système de reconnaissance faciale très poussé d’ici quelques années.

Londres, la deuxième ville la plus surveillée au monde

Partons ensemble du côté de Londres.

Un système de reconnaissance faciale a été mis en place dans les rues de Londres.

C’est aujourd’hui la deuxième ville la plus surveillée au monde avec ses 420 000 caméras, juste derrière bien sûr la capitale chinoise qui en possède 470 000.

Voici le fonctionnement des caméras londoniennes :

  • Étape 1 : elles scannent tous les passants
  • Étape 2 : elles ciblent toute personne étant recherché par la police
  • Étape 3 : elles utilisent l’écart entre les deux yeux pour identifier la personne
  • Étape 4 : elles se servent de la base de données de la police qui regroupe toutes les personnes recherchées.

Pour le moment, ces caméras sont limitées à cette fonction.

Toute personne qui n’est pas fichée par la police (qui n’a pas été condamnée) n’est pas reconnue et son visage n’est pas utilisé pour enrichir la base de données.

De cette façon, les individus qui ne sont pas recherchés ne peuvent pas être identifiés.

De plus, les caméras londoniennes se servent uniquement de l’écart entre les deux yeux pour vérifier une identité. Aucune autre donnée n’est utilisée.

Cela permet de limiter la quantité de données utilisées par les autorités, mais limite également le taux de réussite de l’identification.

On parle d’un taux d’erreur de 86 %.

Ce taux d’erreur peut mener à de nombreux contrôles inutiles, voire même à des arrestations qui n’ont pas lieu d’être.

San Francisco, à contre-courant

La ville berceau de la technologie américaine fait bloc face à la reconnaissance faciale.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser San Francisco à interdit à la police et aux agences municipales d’utiliser la reconnaissance faciale.

Les 9 membres du conseil de la ville ont longuement débattu sur le sujet pour arriver à un résultat de 8 votants qui sont en faveur de l’interdiction de la reconnaissance faciale.

Résultat d’autant plus surprenant que c’est la première ville des Etats-Unis à prendre une telle mesure.

Là où la plupart des autres municipalités cherchent à intégrer ce moyen de surveillance, San Francisco la bannis de son territoire.

Aaron Peskin (Président du conseil municipal) considère qu’il est du devoir de San Francisco de réguler les technologies pouvant représenter une menace. Cette ville est à l’origine de la majorité des technologies de pointe américaine (dont la reconnaissance faciale), elle se doit donc de montrer l’exemple.

San Francisco prend donc le sujet à contre-pied.

Maintenant que l’on a vu ce qu’il se passe ailleurs, on va se concentrer sur ce qu’il se passe chez nous. Où en sommes-nous ? Des lois sont-elles mises en place ? Qu’est-ce qui est prévus pour la suite ?

La reconnaissance faciale en France

La vidéo protection

Avant de parler du cas de la reconnaissance faciale en France, attardons-nous d’abord ce qui l’a précédée.

Les caméras sont présentes dans nos rues depuis bien longtemps, bien avant les systèmes de reconnaissance faciale que l’on connaît aujourd’hui.

Ces caméras étaient disposées dans un cadre de « vidéosurveillance ». Ce terme a très vite été remplacé par « vidéoprotection » qui est, on ne va pas se mentir, un terme purement marketing. La vidéoprotection fait beaucoup moins peur que la vidéosurveillance même si son fonctionnement est le même.

Cela s’explique simplement par le fait que la vidéosurveillance a une connotation punitive alors que la vidéoprotection a une connotation qui est, comme son nom l’indique, protectrice.

Le but de ce dispositif est de mettre la pression sur le délinquant. Mais il a été beaucoup critiqué car on considère que seulement 3% des enquêtes qui ont utilisées ce service ont pu être élucidée grâce à la vidéoprotection.

Mais cette technologie a beaucoup évolué pour y intégrer des logiciels de reconnaissance faciale très efficaces.

La législation française

Contrairement à tous ces pays, la France est en retard dans cette course à l’armement de la reconnaissance faciale.

Cela à cause (grâce ?) à la réglementation Française et plus généralement la réglementation européenne.

De nombreux acteurs français de la reconnaissance faciale doivent :

  • Soit faire leurs tests à l’étranger
  • Soit complètement se délocaliser pour pouvoir développer leur technologie.

C’est pour garder ces acteurs en France que le gouvernement a tenté de lancer le projet ALICEM, mais on verra ça un peu plus tard.

On va se concentrer d’abord sur les réglementations qui sont actuellement en vigueur chez nous.

La principale protection que nous avons sur ce sujet en France est la RGPD (réglementation générale sur la protection des données).

On ne va pas décrire ici tout ce que met en place cette règlementation mais en voici les 4 grands principes :

  • La transparence : l’individu doit être informé de façon claire et sans ambiguïté sur l’utilisation qui est faite de leurs données
  • Le consentement : pour pouvoir collecter les données d’une personne le consentement doit être explicite et positif
  • Le droit des personnes : toute personne a un droit d’accès à ces données, un droit à l’oubli, un droit à la limitation du traitement et un droit à la portabilité des données
  • La responsabilité : cette mesure vise à ce que les entreprises s’auto régulent.

Ce que l’on remarque en premier, c’est la transparence. Pour pouvoir recueillir des données sur une personne il faut l’en informer au préalable.

Pour le cas de la reconnaissance faciale dans la rue, cela peut par exemple se faire par la mise en place de panneaux d’informations.

Ensuite, il faut obtenir le consentement de la personne (ce qui est compliqué dans le cas de la reconnaissance faciale).

Viennent maintenant les différents droits des personnes que j’ai cités juste au-dessus. Si l’on veut mettre en place la reconnaissance faciale en France il faut donner, entre autres, un droit à l’oubli.

Et on imagine difficilement l’Etat rendre cela disponible dans le cas de la reconnaissance faciale, cette technologie deviendrait alors inutile.

Il est donc clair que la réglementation RGPD freine fortement la croissance de ce marché en France. Peut-être même un peu trop.

Les citoyens français accueillent plutôt mal cette technologie, c’est pour cela que le gouvernement veut avancer prudemment comparée à d’autres pays. Il n’est pas envisageable de lancer cette technologie dans le pays sans faire de nombreux tests au préalable.

Le gouvernement sait maintenant pourquoi le projet ALICEM a été critiqué en masse. Il y a eu trop peu de tests et il n’y a pas de cadre juridique précis sur le sujet.

Aujourd’hui toute les parties prenantes (industries, syndicats, CNIL, gouvernement, etc.) s’accordent sur la nécessité d’ouvrir un débat national sur cette technologie nouvelle.

Quels sont les tests ayant été menés

En France, ça fait déjà un moment que la reconnaissance faciale est utilisée pour passer la douane à la gare du Nord à Paris (2017) et aux aéroports de Paris (2018).

À l’aéroport, la borne de reconnaissance permet de vérifier la cohérence en le visage filmé et celui du passeport. Aucune donnée biométrique n’est enregistrée. Cela a été mis en place dans l’optique de fluidifier et simplifier les déplacements. À termes, le but est de faire de votre visage votre billet.

Ensuite, tout comme en Chine certains tests ont été menés dans des lycées français. À ce moment-là, nombreux sont ceux qui se sont indignés. Les lycéens bien sûr, mais pas seulement.

Beaucoup de personnes dénoncent le fait que les autorités françaises critiquent le système chinois, mais réalisent tout de même des tests dans notre pays qui sont très similaires à ce que faisait la Chine.

Alors soyons clair sur un fait : le système de la « note sociale » chinoise n’arrivera pas en France. Ce n’est pas possible.

En revanche, il est possible que les futures évolutions de la législation sur cette technologie fassent pousser des caméras à reconnaissance faciale un peu partout dans nos villes.

Ce qui est sûr, c’est qu’actuellement il est formellement interdit d’identifier une personne sur une caméra de façon automatique son consentement. Il existe une seule exception, c’est le cas où le juge autorise le croisement avec des vidéos de caméras de surveillance dans un fichier de police pour retrouver un fugitif. Des photos issues du Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) peuvent être utilisées dans ce cas précis.

Revenons à présent sur le projet ALICEM que j’ai évoqué plusieurs fois précédemment. Quel est son principe ? Pourquoi a-t-il été critiqué ? Va-t-il être relancé ?

Le projet ALICEM

Qu’est-ce que le projet ALICEM ?

C’est un acronyme pour Authentification en ligne certifiée sur mobile.

On comprend déjà par le nom qu’il s’agit d’un moyen de connexion sur mobile.

Concrètement ALICEM a pour but de permettre à tous de se connecter sur les différents services gouvernementaux grâce à la reconnaissance faciale de son téléphone.

Initiative qui paraît utile et bénéfique pour l’utilisateur au premier abord. Cela évite d’avoir à taper son mot de passe sur chaque service, voire permet même de ne pas avoir à s’en souvenir.

Ainsi, pour accéder à votre avis d’imposition, votre demande d’allocation ou encore votre caisse d’assurance maladie d’un simple regard face à votre smartphone suffirait.

Plutôt pratique vous me direz, et je suis d’accord.

Mais comment ALICEM fonctionne ?

Pour que cet outil fonctionne, il vous faut rassembler ces 4 éléments :

  • 1 smartphone Android (Apple réserve sa technologie de reconnaissance faciale à ses services)
  • 1 smartphone avec puce NFC
  • 1 pièce d’identité biométrique valide
  • 1 adresse mail active

Puis réaliser la démarche suivante :

  • Télécharger l’application et remplir les informations demandées
  • Scanner la bande MRZ de sa pièce d’identité
  • Lire la puce de la pièce d’identité (en posant le smartphone sur la pièce)
  • Choisir un code à 6 chiffres
  • Passer à la reconnaissance faciale en réalisant 3 challenges (sourire, cligner des yeux, tourner la tête, etc.)
  • Le compte est activé

Donc, à première vue, le concept est bien sécurisé. Mais creusons tout de même un peu plus.

L’ANTS développe cet outil avec une entreprise privée du nom de Gemalto. Cette entreprise travaille aussi aux Etats-Unis sur la digitalisation du permis de conduire.

On peut donc logiquement se demander s’il n’est pas risqué de travailler sur un tel projet avec des entreprises internationales. Si l’on en croit l’ANTS seul l’Etat français a la possibilité d’utiliser les données recueillies et heureusement !

Voyons maintenant comment sont utilisées les données reçues par l’application

On peut diviser ces données en deux catégories :

  • Celles qui sont stockées sur votre smartphone
  • Celles qui sont perçues par l’ANTS

Dans la première catégorie vous avez :

  • Nom
  • Adresse
  • Lieu de naissance
  • Taille et couleur des yeux

Puis la deuxième catégorie comprend :

  • Les photos et vidéos prises pour la première utilisation de l’application (données effacées aussitôt que la reconnaissance est terminée)
  • Autres données du type : « Historique des transactions liées au compte »

Le problème d’ALICEM

  • Les risques de piratages

Comme tout système informatique en ligne il y a le risque qu’il y ait des fuites. Les autorités le savent bien et font tout leur possible pour sécuriser le dispositif.

  • L’avis de la CNIL

Selon le Gendarme du Numérique, ALICEM ne respecterait pas les dispositions mises en place par le RGPD. Le RGPD dit que le consentement doit être libre, or dans le cas d’ALICEM, le service n’est pas accessible si on ne procède pas à cette reconnaissance faciale. Donc le consentement n’est pas libre.

  • La Quadrature du Net

L’association est du même avis que la CNIL et a posé un recours face à son application.

  • L’utilisation des données

Les données sont utilisées d’une certaine façon aujourd’hui, mais rien ne nous dit que ce sera pareil d’ici 2 ans. Comme on l’a vu précédemment cette technologie ne possède pas encore de régulation précise et risque donc de beaucoup évoluer.

Ok, donc maintenant que l’on a vu tout ce qui s’est déjà fait et tout ce qui se fait actuellement dans le domaine de la reconnaissance faciale. Faisons une liste de tous les avantages et inconvénients de cette technologie.

Les avantages de la reconnaissance faciale

  • Permet aux entreprises de mettre en place des accès restrictifs à des zones protégées
  • Permet à l’utilisateur de déverrouiller son téléphone
  • Valider une publication sur les réseaux sociaux et ainsi éviter les IA qui diffusent des fake news
  • Fluidifier les contrôle (aéroports, train, stades, etc.)
  • Détecter une personne qui fait un malaise
  • Mettre la pression sur les délinquants
  • Payer et sécuriser les paiements
  • Accéder simplement à des services administratifs
  • Retrouver des personnes recherchées extrêmement dangereuses
  • Retrouver des enfants portés disparus
  • Simplification générale des services (disparition de l’utilisation des mots de passe)

Les inconvénients de la reconnaissance faciale

  • Forte menace sur la vie privée
  • Forte menace sur l’anonymat
  • Forte menace de fuite de données (piratage, revente illégale)
  • Geler les velléités de protestation
  • Recueillir un visage à la volée de façon non consentie
  • Vivre dans un ordre planifié plutôt que spontané (= société hypocrite)
  • Risque d’erreur, de nombreuses mauvaises identifications qui peuvent mener à des erreurs d’accusations

Les évolutions possibles de la reconnaissance faciale

Pour démarrer cette partie-là, je vais me servir des recommandations de Microsoft concernant le contrôle de cette technologie.

Le géant américain s’appuie sur 6 piliers :

  • La transparence : expliquer comment fonctionne la technologie mise en place
  • La responsabilité : mettre en place un contrôle humain (donc non automatisé)
  • L’équité : tout le monde traité de la même manière
  • La non-discrimination
  • Le consentement : recueillir le consentement pour son utilisation
  • La surveillance en accord avec la loi : d’où la nécessiter de mettre en place des lois concrètes et précises

Une chose est sûre, c’est que la reconnaissance faciale va finir par se généraliser.

Et il va falloir suivre son évolution de très près.

Il faut faire de nombreux tests en situation réelle, mettre en place des régulations à l’échelle nationale voire même à l’échelle européenne à l’instar de la RGPD.

Dans le cas contraire, on tombera très facilement dans les dérives de cette technologie.

Elle peut nous apporter beaucoup de chose positives alors ne la rendons pas nocive.

On peut supposer que très prochainement, des applications utiles de la reconnaissance faciale seront mises en place. Comme par exemple la possibilité de déverrouiller sa voiture et de la démarrer avec son visage, enlevant ainsi la nécessité d’avoir des clés. Pareil pour rentrer à votre domicile.

Il y a pleins de possibilités très bénéfiques, mais avant de vouloir les généraliser, je le répète encore, le plus important est de mettre en place un cadre juridique.

Il ne faut pas attendre qu’une technologie soit prête pour légiférer dessus.

Dans le cas contraire, on verra des dérives telles que celle qui se passe actuellement aux Etats-Unis avec Clearview AI.

Le cas de Clearview AI

Pendant que je rédigeais cet article le Youtubeur Simon Puech à mis en ligne une vidéo traitant du système de reconnaissance faciale de Yandex (moteur de recherche Russe) et de Clearview AI.

On évoque dans cet article uniquement le cas de Clearview, si celui de Yandex vous intéresse je vous recommande d’aller voir sa vidéo qui en parle également.

Clearview c’est une Startup newyorkaise qui possède une technologie de reconnaissance faciale.

Pour faire fonctionner cette reconnaissance faciale, ils se servent des données publiques de Facebook et de Google.

Et autant vous dire que leur système de reconnaissance faciale est extrêmement efficace.

Ils n’ont pas de partenariat ni avec Google, ni avec Facebook pour récupérer ces données. Ce sont juste leurs robots qui vont naviguer sur ces plateformes et collecter toutes les informations qui leurs sont utiles pour la reconnaissance faciale.

J’insiste fortement sur le fait que toutes les informations qu’ils collectent sont publiques, accessibles par tous. Vous et moi y compris.

Et le résultat de cette méthode est très, très, TRES efficace.

À la base, leur technologie est uniquement accessible aux forces de l’ordre.

En tout cas, c’est ce qu’ils affirment de leur côté.

Mais BuzzFeed a fait des recherches et a trouvé qu’une bonne centaine d’entreprises (telles que Bank of America, NBA, des casinos de Las Vegas) ont déjà profités des services de Clearview.

Donc on voit déjà une dérive majeure de cette technologie.

Mais histoire de pousser le vice encore plus loin, la Startup américaine a mis dans le code de son application la possibilité d’intégrer cette technologie dans des lunettes de réalité augmentée.

Je n’en dis pas plus sur Clearview, je vous laisse à votre propre imagination et à la vidéo de Simon Puech.

Conclusion

Si je devais vous conseiller de retenir une seule chose la voici :

Lorsqu’une nouvelle technologie aussi controversée apparaît dans nos vies, il faut tout de suite la réguler pour en éviter les dérives. Le système mis en place par les chinois n’arrivera pas chez nous. Mais cela n’empêche pas les abus. Pour moi, la vraie menace est l’application que fait Clearview AI de cette technologie. On parle de reconnaissance faciale intégrée dans une paire de lunettes.


Imaginez-vous 2 minutes, vous promener dans la rue avec ces lunettes en ayant accès à toutes la vie d’une personne avec un simple regard, et que cette personne puisse faire pareil vous concernant.

On sait que la technologie évolue bien plus vite que la législation, il est donc important de ne pas se laisser submerger par ces évolutions.

Sources notables